LE FIGARO
   31 MAI 2005

Bernard Werber scénariste inspiré

Bernard Werber est, sans conteste, devenu l'un des écrivains français les plus populaires. Architecte de l'imaginaire, oscillant entre l'infiniment petit (Les Fourmis) et l'infiniment grand (Les Thanatonautes), il aligne ses best-sellers comme d'autres accumulent les bons points.

Chacune de ses idées surprend. Une cohorte de fidèles lecteurs l'accompagne désormais. Pourtant la reconnaissance de la critique tarde. Est-ce le succès, porté à ce point d'ébullition, qui dérange? Son style aussi, parfois simpliste, déroute les goûteurs littéraires, habitués à des saveurs plus corsées.

Néanmoins, à lire son dernier-né, Les Enfants d'Eve, on se sent immédiatement emporté par l'histoire et les dessins d'Éric Puech. Puis, progressivement, on est conquis. Après Exit, série prometteuse mais inaboutie marquant les débuts de Werber en tant que scénariste de bande dessinée, voici que l'auteur de Nous, les dieux entreprend une nouvelle saga de science-fiction.

L'histoire, en deux mots, débute deux cents ans après un cataclysme nucléaire. Les femmes, qui seules ont survécu, ont développé un système de reproduction ovipare. Comme le résume Werber: «Un jour il n'y aura que des femmes sur terre et les hommes ne seront plus qu'une légende.»

Cette civilisation unisexe proscrit les objets de métal et Paris a été envahi par une luxuriante végétation. Rétives au pouvoir en place, les dualistes, amazones aussi belles que rebelles, tentent de révéler au monde qu'il fut un temps où la race humaine était bisexuée.

On retrouve avec plaisir la verve d'un écrivain au service d'un dessinateur virtuose. Plus que tout, ce qui fascine chez Werber, c'est son extraordinaire faculté de séduction. Son style épouse la bande dessinée avec limpidité. Il déploie ici un art consommé de la captation. D'ailleurs, depuis Les Fourmis, toute son oeuvre est centrée autour de cette unique notion: «Faites attention!» La force des Enfants d'Eve réside dans cet avertissement.

Avec l'aide de Puech, le romancier sait titiller la curiosité du lecteur dès la première image, la première phrase, pour l'amener au point final de son récit sans faire la moindre fausse note.
 

 


 


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