|
LE JOURNAL DU
DIMANCHE -
7 NOVEMBRE
2009 Bernard Werber, l'auteur de best-sellers, passionné de science-fiction et de futurologie, place le sujet de la fin des temps au cur de son dernier livre, Le Miroir de Cassandre (Albin Michel). Pour lui, si aucune catastrophe n'est à prévoir, une "nouvelle ère" est inéluctable. L'apocalypse pour
2012 est une prédiction populaire, notamment dans les
courants "new age", mais elle ne doit pas être
interprétée au sens catastrophiste: il va se
passer quelque chose selon le calendrier maya, mais cela n'a
pas l'air d'un cataclysme, plutôt un changement dans
la conscience mondiale, le début d'un nouvel
âge. Que signifie pour vous l'apocalypse? Le texte fondateur
de Saint-Jean sous-entend qu'à la fin du monde le
voile sera levé et l'homme verra la
vérité. Voir la vérité
impliquera que tous ceux qui vivaient dans l'illusion en
seront tellement bouleversés que ce sera comme une
mort. Cela correspond aussi à l'arcane 13 du tarot,
qui représente un squelette. Une carte qui fait peur,
mais qui est en fait synonyme de changement complet.
L'apocalypse, c'est la chute des puissants qui vivent dans
l'arrogance, l'apparition de nouvelles valeurs et non la
destruction de la planète avec la collision d'une
météorite, par exemple. Adhérez-vous à d'autres croyances? J'aime bien la
prophétie de Jean de Vézelay, qui fut l'un des
premiers templiers. En 1066, il écrit qu'une fois que
le monde sera allé au bout de ses erreurs, il
apparaîtra, après une période de remise
en question douloureuse, une nouvelle manière de
gérer les rapports humains: renoncer à la
croissance pour passer à la notion d'harmonie.
Actuellement, nous vivons avec cette idée qu'il faut
toujours croître, être plus nombreux, plus
riches, plus puissants. La croissance cause notre
destruction. Les peurs millénaristes ont-elles fait avancer l'humanité? A l'époque
du christianisme, la peur de la fin du monde était
très utile. En 999, les prêtres catholiques
l'avaient annoncé pour l'an mille. Beaucoup
d'aristocrates ont alors donné toutes leurs richesses
à l'Eglise en espérant aller au paradis. C'est
sur cette peur millénariste que l'Eglise catholique
occidentale s'est construit une cagnotte, qui lui a ensuite
permis de bâtir les cathédrales. Certains continuent à croire en ces théories qui ne se produisent jamais... On ne tient jamais
compte du passé, on agite toujours les mêmes
craintes. En 2030, on pourra à nouveau nous annoncer
une fin prochaine, et on mordra encore à
l'hameçon. La peur apocalyptique a une fonction
sociale, elle permet de relativiser nos problèmes et
du coup nos petits tracas, nos angoisses, nos soucis au
boulot et en amour s'estompent. Cela explique aussi le
succès des films catastrophe. Ils sont
révélateurs des angoisses contemporaines.
C'est une forme de catharsis ludique qui permet d'exorciser
le mal. Assister à la fin du monde en version
condensée nous prépare psychologiquement au
pire. Pourquoi cette prophétie de 2012 a-t-elle autant de succès? Il y a toujours eu
des annonces de fin du monde, peut-être que celle-ci a
été cristallisée plus fort du fait
d'Internet, qui a exacerbé toutes les paranoïas.
La fin du monde en l'an 2000 avait connu un buzz moins
important. Beaucoup d'internautes mal intentionnés
jouent sur les peurs, versent de l'huile sur le feu. Les
démocraties sont fragiles, faciles à
déstabiliser en créant une perte de confiance.
En temps de crise, c'est démultiplié. C'est
pourquoi les théories du complot pullulent sur le
Net: on peut y lire que 2012 est une date planifiée
par les maîtres du monde, les services secrets, la
Nasa
On accorde beaucoup de pouvoirs à la Nasa,
tout cela est de l'ordre du fantasme alors que ce sont avant
tout des scientifiques. Ne sommes-nous pas les premiers responsables de notre fin annoncée? Oui, il n'y a pas
besoin d'une collision avec un astéroïde
géant pour courir à notre perte. L'homme s'y
emploie tout seul. Il n'a de comptes à rendre
qu'à lui-même, d'où l'urgence
écologique. Mais personne n'a le courage
d'évoluer, on préfère attendre qu'une
sorte de foudre nous frappe pour secouer la
fourmilière et créer un nouvel ordre.
|