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Singapour
est un pays neuf avec une population restreinte: trois
millions d'habitants pour la plupart chinois. Profitant de
cette situation exceptionnelle, Lee Kwan Yew,
ingénieur et Premier ministre, a tenté de
fonder le premier état ordinateur.
Comme
il le dit lui-même:"Les citoyens singapouriens sont
les puces électroniques d'un ordinateur géant:
la République de Singapour". Lee Kwan Yew est un
pragmatique. Il a commencé par assurer la
sécurité de son petit Disneyland contre ses
grands voisins envieux et agressifs: Malaisie (16 millions
d'habitants) et Indonésie (170 millions d'habitants),
par une armée high tech équipée des
machines les plus sophistiquées. Voilà pour
l'extérieur.
Pour
l'intérieur, il veut que l'ordre règne parmi
ses petites puces électroniques. Il range d'un
côté la ville touristique, de l'autre la ville
économique, et crée ensuite la ville-dortoir.
Les trois sont rigoureusement séparées par une
frontière composée de cinq kilomètres
de pelouse nickel. Il édicte des lois très
strictes:interdiction de cracher par terre (1500F d'amende),
de fumer en public (1500F d'amende), de jeter un papier gras
(1500F d'amende), d'arroser ses pots de fleurs en laissant
de l'eau stagner (cela attire les moustiques:1500F
d'amende), de se garer dans le centre ville.
L'Etat
embaume le savon. Si un chien aboie la nuit, on lui coupe
les cordes vocales. Les hommes doivent toujours porter des
pantalons même s'il fait chaud. Les femmes doivent
toujours porter des bas même en pleine canicule.
Toutes les voitures sont équipées d'une
sirène interne qui vous assourdit dès que vous
dépassez 80 km/h. A partir de six heures, il est
interdit de rouler seul dans son automobile, il faut
transporter ses collègues de travail ou des
auto-stoppeurs afin d'éviter les encombrements et la
pollution (sinon 1500F d'amende).
Il
est ainsi possible de suivre les déplacements de tous
les habitants sur un grand tableau lumineux. Dès
qu'on pénètre dans un immeuble, il faut donner
son nom au gardien qui se tient en permanence devant la
porte. La ville entière est truffée de
caméras vidéo.
Singapour
est une démocratie, mais pour que les gens ne votent
pas n'importe quoi, on note leur numéro de carte
d'électeur sur leur bulletin de vote. Le vol, le
viol, la drogue, la corruption sont passibles de la peine de
mort par pendaison. La condamnation au fouet existe
toujours. Lee Kwan Yew se considère comme un
père pour tous ses administrés. Il emprunte
des idées à la fois au communisme et au
capitalisme pour ne penser qu'à l'efficacité.
L'Etat encourage l'enrichissement personnel (les
Singapouriens jouissent du deuxième niveau de vie
d'Asie, juste après le Japon, et boursicotent
à tout va) mais les logements sont offerts aux
étudiants.
Tous
les cultes sont autorisés, mais la presse est
filtrée: pas de journaux parlant de sexe ou de
politique. En 1982 Lee Kwan Yew s'aperçoit que, vieux
réflexe pas spécifiquement chinois, les hommes
intelligents se marient avec des femmes jolies mais
bêtes alors que les femmes intelligentes ont du mal
à trouver des maris. Il décide dès lors
de donner une prime à quiconque épousera une
femme diplômée et une amende aux non
diplômées qui dépasseront l'enfant
unique. Quant aux analphabètes, ils sont vivement
encouragés à se faire stériliser en
échange d'une forte somme d'argent. Lee Kwan Yew fait
construire des écoles pour surdoués et
organise des croisières gratuites pour les gens de
niveau d'étude très élevé.
Il
constate qu'on ne peut bien éduquer que deux enfants
à la fois. Le soir, la police téléphone
aux familles ayant déjà deux enfants pour leur
rappeler de ne pas oublier de prendre la pilule ou
d'utiliser un préservatif.
Lee
Kwan Yew est parvenu à transformer son état
expérimental en "Suisse de l'Asie". Pourtant sa
police a une limite. Le jeu. "On peut tout faire accepter
à un Chinois, sauf de s'arrêter de jouer au
mah-jong", admit-il dans une de ses allocutions.
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