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CHRONIQUES
EUREKA - extraits - Par
Bernard Werber
A
PROPOS DES ÉTIQUETTES DE NYLON QUI
GRATTENT
Je ne sais pas vous, mais moi il y a un truc qui
m'énerve vraiment ce sont les étiquettes nylon
cousues dans les cols et qui grattent dans le cou.
Le cou est une zone sensible chez tous les humains. Le nylon
est une texture irritante. Pourquoi vouloir à tout
prix mettre en contact le premier avec le second?
Aussi à l'heure où une association vient de se
créer pour lutter contre la feuille de laitue
décorative (souvent fanée) accompagnant le
steak frite (authentique), il me semble qu'il est temps de
se pencher sur un problème, ô combien plus
pertinent, qui est celui des étiquette nylon qui
grattent dans le cou.
Ok je reconnais que ce n'est pas vital. Ok, je reconnais que
cela arrive après des millions de problèmes
comme la pollution, la faim dans le monde, les
inégalités sociales etc mais vu qu'il y a
beaucoup de gens mobilisés pour les causes
pré-citées, il me semble intéressant
d'ouvrir cette nouvelle brèche dans le mieux
être de notre espèce : l'éradication des
étiquettes nylon qui grattent dans le cou. Surtout
que ce fléau frappe riches et pauvres, porteurs de
tee-shirts comme possesseurs de smokings.
Plus grave : le plus souvent en s'escrimant à vouloir
les arracher, on fait en plus un trou dans le tissu du col.
Parce que comble du cynisme industriel, ces
étiquettes sont cousues de gros fil plastique
très solide et avec une maille serrée, rendant
difficile la découpe au ciseau!
Évidement me direz vous c'est facile de ne plus
mettre d'étiquette, mais comment dès lors
savoir la taille, la marque du vêtement ou si on peut
le laver à eau chaude en machine? Car il ne suffit
pas de dénoncer il faut proposer autre chose de
remplacement. Vous avez raison. Aussi proposais-je de mettre
ces informations sur un tissu moins rugueux que le nylon
(par exemple le coton) et non plus dans le cou mais dans la
zone basse du vêtement (tous les vêtements n'ont
pas de manches). Ou bien on pourrait les disposer à
l'arrière à l'emplacement des dernières
vertèbres dorsales beaucoup moins chatouilleuses que
les cervicales. Je le répète ce n'est pas
très important. Mais quand même, c'est en
améliorant les petits choses qu'on se sent mieux, du
coup on est plus décontracté et on accompli
mieux les tâches de la vie courante. Voilà.
INTELLIGENCE
ARTIFICIELLE ET BÊTISE
NATURELLE
Françoise Giroud avait dit un jour "On pourra
considérer que les hommes et les femmes seront
égaux en politique le jour où il y aura des
femmes ministres incompétentes". De la même
manière j'aimerais donner à
réfléchir sur une autre notion. "On pourra
considérer que les hommes et les ordinateurs seront
égaux en intelligence le jour où il y aura des
ordinateurs qui commettent des bêtises". On pourrait
appeler cela de "la bêtise artificielle". Attention je
n'ai pas dit des bugs ou des virus. Ce que devraient
inventer nos génies de l'informatique c'est une sorte
de maladresse, une insouciance, voire une inconscience
informatique proche de l'inconscience humaine. Dès
lors cela devrait leur conférer un rien de plus
sympathique. Quelque chose de plus "humain". On pourrait
mieux les accepter comme partenaire de travail car on se
dirait "ils nous ressemblent" ils ne sont plus froid et
efficaces, ils ont leur zone d'incompétence due juste
non pas à des erreurs "physiques" mais à un
"je-m'en-foutisme" voire "un manque de jugeotte". Bien
sûr il faudra quand même inventer cette
bêtise artificielle qui est bien plus complexe
à mettre au point que l'intelligence artificielle vue
qu'elle est floue et que c'est une notion nouvelle. Mais je
ne suis pas mécontent d'ouvrir ici dans cette
rubrique un nouvel horizon pour tout le monde informatique.
Et qui sait après on pourra de même
enchaîner en inventant des névroses, des
doutes, des obsessions pour nos chers ordinateurs enfin
rendus à plus de convivialité. Et puis il y
aura ensuite le marché des psychothérapeutes
d'ordinateur, des ré-éducateurs, des
rassureurs de programmes. Tant que les ordinateurs auront la
prétention de devenir un jour parfaits on ne pourra
pas vraiment les aimer.
ENCYCLOPÉDIE.
IDEOSPHERE
Et si les idées avaient leur propre évolution
comme les animaux ? Si les idées se
sélectionnaient entre elles pour éliminer les
plus faibles et reproduire les plus fortes comme dans
l'évolution Darwinienne ? Théodore Monod
en 1970 dans le Hasard et la nécessité
évoquait que les idées pouvaient avoir une
autonomie et que comme les êtres organiques elles
souhaitaient se reproduire et se multiplier.
En 1976, Richard Dawkins dans son livre le Gène
Egoïste évoque le concept d'Ideosphère.
L'ideosphère serait au monde des idées ce que
la biosphère est au monde des animaux. Tout comme les
gènes se propagent en sautant de corps en corps et en
utilisant les spermatozoïdes et les oeufs pour
s'exprimer, les idées se propagent de cerveau en
cerveau en utilisant la voix, les oreilles, les yeux et
aussi la télé et tous les médias.
Dawkins écrit " Lorsque vous plantez une
idée fertile dans mon esprit, vous parasitez
littéralement mon cerveau le transformant en
véhicule pour la propagation de cette idée".
Et il évoque par exemple le concept de Dieu. Une
idée qui est née un jour et qui n'a jamais
cessé d'évoluer et de se propager. La parole,
l'écriture puis la musique, puis l'art servant
à la relayer et l'amplifier. Les prêtres la
reproduisant et l'interprétant pour l'adapter
à l'espace et au temps dans lequel ils vivent.
Mais les idées, plus que les être vivants,
mutent vite. Par exemple le concept de démocratie tel
qu'il a été conçu à ses origines
ne s'étendait qu'aux citoyens, c'est-à-dire
aux hommes, libres, riches, âgés, nés
dans le pays. Puis plus tard la démocratie a
muté pour concerner aussi, les femmes, les esclaves,
les pauvres, les jeunes, les étrangers.
Autre exemple l'idée de communisme est née de
l'esprit de Marx s'est répandue dans l'espace et dans
un temps très court, pour toucher la moitié de
la planète. Elle a évoluée a
muté puis confrontée à d'autres
idées a finalement finit par se réduire, pour
ne concerner que moins de personne comme une espèce
animale en voie de disparition.
Mais elle a forcé l'idée de "capitalisme
à l'ancienne" à muter elle aussi. Du combat
des idées dans l'idéosphère surgit
notre civilisation.
Actuellement les ordinateurs sont en train de donner aux
idées une accélération de mutation.
Grâce à Internet une idée peut se
répandre plus vite dans l'espace et dans le temps.
C'est formidable pour les bonnes idées, mais aussi
pour les mauvaises, car dans la notion d'idée il n'y
a pas de notion "morale". D'ailleurs en biologie non plus
l'évolution n'obéit pas à une morale.
Voilà pourquoi peut-être il faudra
réfléchir à deux fois avant de
répandre les idées "qui traînent". Car
elles sont plus fortes désormais que les hommes qui
les inventent et plus fortes que ceux qui les
véhiculent. Enfin c'est juste une idée.
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