Lâcher prise c'est comme au poker, vous savez. Vous commencez à miser et puis ça monte, ça monte et vous vous dites: "si je m'arrête de monter je vais perdre tout ce que j'ai mis". OK. Il faut accepter. Il faut s'arrêter de monter pour ne pas perdre encore beaucoup plus.

Ça veut dire aussi qu'en renonçant à des choses, on gagne en bonheur, en liberté et en tranquillité. En renonçant à des choses qui nous semblent indispensables, on s'aperçoit qu'en fait, elles ne sont pas indispensables et c'est une grande liberté, la liberté de renoncer.

J'ai vécu un grand renoncement qui a été celui d'être journaliste pour le Nouvel Observateur. Ça a été très pénible mais je n'avais pas le choix parce qu'ils me mettaient dehors. J'étais mis dehors, parce que je m'étais inscrit dans un concours "Prix Mumm du meilleur journaliste de France" et j'étais arrivé en finale. Mes chefs s'étaient inscrits aussi et n'avaient pas été sélectionnés. On m'a dit: "il y en a plusieurs qui ont réclamé que tu sois viré".

J'ai répondu: "si vous me condamnez parce que je suis bon journaliste, je n'ai pas de temps à perdre avec vous. Filez moi mes indemnités. Au revoir".

Je n'ai pas gagné le concours, en fait, je suis seulement arrivé en finale. Quel paradoxe! Mais ça indiquait qu'il fallait un changement. J'ai pas pris ça avec humour. C'était en 90, un an avant la parution de mon premier livre, "Les Fourmis". J'ai passé un an au chômage et j'ai vécu ça comme un échec global de ma vie. C'était une petite mort.