Philip K. Dick, pour moi, c'est le maître. Je me suis trouvé une sorte de père spirituel. J'ai rencontré un auteur qui justement ne fait pas d'effort pour faire de la littérature, mais fait des efforts pour transmettre des idées. Ce qui me semble l'essence même de la littérature.

On écrit pas pour faire joli. On écrit pour donner aux gens des idées qu'ils n'ont pas eu avant. Et Dick, probablement grâce à la drogue, ou grâce à une vie extrêmement pénible, douloureuse, bizarre est arrivé a avoir des idées qui ne m'avaient jamais traversé l'esprit. C'est la première fois que je vis ça. Je lis Dick et j'y trouve des choses que je n'ai vu nulle part ailleurs.

Le choc a été à ce point fort que, encore maintenant, j'ai du mal à lire autre chose que Dick. Chaque fois que je lis autre chose, je trouve ça mou avec très peu d'idées. Dans un roman moderne normal, on trouve au mieux, trois idées. Chez Dick, on trouve vingt idées par page et personne n'approche ça.

Dick, par contre m'a posé une grande question: faut-il se droguer pour arriver à un tel niveau d'imagination, d'ouverture d'esprit, de largesse d'horizon? Pour l'instant, disons que je m'y refuse, mais je dois avouer que je profite d'un esprit d'une ouverture incroyable en lisant Dick.

Parfois j'essaie de convertir d'autres personnes au bonheur de lire Dick et je vois que ça ne fonctionne pas facilement. Peut être ai-je une tournure d'esprit qui est assez ouverte pour intégrer Dick. Le fait qu'il soit mort fait aussi qu'il ne peut pas me décevoir. Toute sa vie est impeccable. C'est un type formidable.