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Histoires vécues  

14.10.2017
06 - "LA PREMIERE FOIS OU J'AI FAILLI MOURIR" HISTOIRE REELEMENT VECUE N°06 - ARRIVEE EN MAI 1975 A SOLENZARA


Comme le livre commence par le décès du héros je vais enchainer avec ce récit dans le cadre des....
PETITES HISTOIRES EXTRAORDINAIRES QUE J’AI REELEMENT VECUES.
Elément de Puzzle numéro 06
« LA PREMIERE FOIS OU J’AI FAILLI MOURIR ».
« Et maintenant tu vas mourir ».
Je me souviens de cette phrase prophétique incontestable qui m’a été prononcée alors que j’avais un pistolet braqué sur ma nuque, et qu’il y avait un doigt nerveux, légèrement tremblant, posé sur la gâchette du-dit pistolet.
Mais il faut d’abord que je vous raconte ce qu’il s’était passé juste avant.
Nous étions en Aout 1975, j’avais 14 ans et j’étais en colonie de vacances en Corse. Les organisateurs avaient proposé qu’un groupe de volontaires fasse le tour de la corse en vélo, pendant que les autres voyageraient en bus. Je m’étais tout de suite porté volontaire pour la première option. C’était sensé être plus long, mais plus pratique pour découvrir les somptueux paysages de l’ile de beauté.
Après une journée harassante à pédaler en étant frôlés par les voitures, les caravanes et les camions sur des routes, montantes et descendantes, très sinueuses, avec d’un coté des ravins et de l’autre des parois rocheuses hérissées de rochers pointues, nous nous étions arrêtés, la nuit tombée, devant un restaurant paillotte, près de Solenzara, sur la cote sud-est de l’ile.
Là nous avions rencontré un patron chaleureux qui nous avait accordé le droit de planter nos tentes sur la plage face à son restaurant. Comble de chance il nous offrait aussi le libre accès à ses toilettes. Nous avions monté les tentes et nous étions organisés pour diner. Un réchaud, des casseroles, des sachets de nouilles déshydratées. Il ne manquait que l’eau pour faire bouillir les sachets.
J’étais donc parti avec quatre gourdes vides en bandoulière pour les remplir d’eau a la salle de bain du restaurant. Il me fallait pour cela traverser une zone de bosquets et d’arbustes qui séparait la plage elle même du restaurant.
Mais alors que j’arrivais dans la salle de bain je remarquais une première anomalie.
Il y avait du sang sur le lavabo. Il y en avait aussi sur le robinet, sur le miroir, sur le carrelage. En fait il y avait du sang partout. Je marchais dans des flaques écarlates.
Je nettoyais l’extrémité du robinet avec un peu de papier WC, pour éviter qu’il y ait du sang dans les gourdes et que cela donne un gout salé, puis les remplissais une à une.
Ensuite, sans plus me poser de question, je prenais le chemin du retour, traversant la zone des bosquets entre le restaurant et la plage.
Il faisait déjà nuit noire, il n’y avait pas de pleine lune et j’éclairais le chemin avec ma lampe torche. J’étais sur le point de rejoindre la zone de sable lorsque soudain une silhouette surgit face à moi et balbutia d’une voix hachée : « Baisse la lampe tout de suite ».
Je dirigeais la torche vers la source de la voix et je distinguais un homme le visage ravagé par des plaies ouvertes sanguinolente.
Sa lèvre était fendue, il avait une grande balafre qui lui courrait sur la joue. Du sang dégoulinait de son nez et de son arcade sourcilière, sa chemise claire était couverte de taches rouges poisseuses.
Il respirait fort en produisant des bruits bizarres avec sa bouche du fait de ses blessures. Il a répété avec détermination encore plus forte.
« Eteins vite cette lampe, tu m’entends !»
C’est en baissant la lampe que j’ai vu briller le pistolet. Etrangement a cet instant je me suis demandé qu’elle était sa marque. J’ai dirigé ma lampe vers sa main et éclairé l’arme dardé dans ma direction. Je m’en souviens parfaitement.
C’était un Smith et Wesson modèle SW 1911 avec un canon chromé plutôt long, et des stries en relief sur les cotés, le genre d’arme qu’on ne peut pas cacher dans la poche interne de sa veste, une arme de collection qui avait dû couter très cher. Quelque part cela m’a un peu réconforté. Tant qu’à se faire tirer dessus autant que ce soit avec une pièce de luxe. Le rond noir du canon semblait m’observer comme un œil (J’apprendrais plus tard que c’était un calibre 45).
Alors que l’homme approchait encore plus menaçant, agitant son pistolet, j’ai déposé calmement la lampe de poche sur le sol. Il respirait de plus en plus fort tout en produisant comme un sifflement avec le nez et le bord de la bouche.
« Allez ! Mets-toi à genoux ! »
J’ai obtempéré calmement et j’ai senti le métal froid posé sur ma nuque.
« Et maintenant tu vas mourir »
Ensuite il m’a semblé qu’il se passait de très longues secondes. J’ai eu l’impression que je sortais de mon corps et que je voyais la scène de l’extérieur en hauteur. La scène n’avait pour seule lumière que la lampe torche toujours active posé au sol. De ce point de vue élevé je me voyais à genoux et un type avec le visage en sang tenant un pistolet argenté dirigé vers mon cou, du moins vers le cou du jeune homme là en bas qui était sensé être « moi ».
Je pensais : « Et voilà ma vie va bientôt s’arrêter ».
Je me souvenais aussi d’une discussion au téléphone que j’avais eu avec mon père juste avant ce départ pour le tour de Corse en vélo.
« - Quoi ? Vous allez partir, avec tes copains, comme ça en vélo et en sac à dos, sans même savoir où vous allez dormir le soir ?
- C’est l’aventure papa. Et puis on a des tentes et des sacs de couchage.
- Cela peut être dangereux.
- Nous serons huit.
- Tu ne te rends pas compte Bernard ! Vous pourriez quand même vous faire agresser.
- Par qui ?
- Par des types qui veulent vous détrousser, pardi !
- Mais papa on n’a rien à se faire voler. On a 14 ans. Ils ne vont pas nous voler nos rations de soupe lyophilisée.
- Le peu que vous avez cela peut toujours intéresser des gens malveillants. Et puis il y a toujours des fous. Huit gamins en vélo, vous serez des proies faciles.»
J’avais haussé les épaules considérant que mon père était un peu trop protecteur ou trop paranoïaque. Avec le recul je m’apercevais, à cet instant précis, qu’une fois de plus il avait raison.
Mon esprit était toujours en dehors de mon corps regardant l’adolescent a genoux avec le type qui respirait fort a coté qui tenait le pistolet Smith et Wesson SW 1911 chromé braqué sur sa nuque.
Une idée encore plus forte m’accapara :
« Qu’ai je fait de ma vie ? J’ai 14 ans et qu’ai je accompli durant toutes ces années d’existence ? Je vais mourir sans avoir produit quoique ce soit d’intéressant. C’est une existence pour… rien. »
J’eu aussitôt un énorme sentiment de gaspillage. A cet instant précis je fus envahie par l’idée que j’étais né et que j’avais dérangé le monde, la patience de mes parents, de mes professeurs, de mes amis, pour aboutir à ce gâchis. Une balle tirée dans la nuque par un type que ne connais même pas pour des raisons que j’ignore.
La cause de ma fin : se faire détrousser d’un portefeuille contenant quelques billets de dix et d’un sac à dos contenant des affaires de camping.
Quel gâchis.
Quatorze années pour terminer comme ça.
Donc j’attendais la balle de revolver.
Mais elle ne venait pas. Je n’osais pas me retourner.
Chacune de mes inspirations durait une éternité.
Je sentais mon cœur battre.
La respiration rapide, bruyante, quasi haletante de mon futur assassin ne s’était pas apaisée et je sentais toujours le contact froid du métal sur ma nuque.
Une nouvelle pensée émergea.
« Bon alors, elle vient la mort ? »
Et puis soudain il y a eu une voix venant d’une autre direction qui prononça une phrase que je n’oublierai jamais.
« Non ! Ne tire pas papa, ce n’est pas lui !!!! ».
Ensuite le contact avec le canon froid a cessé. Le pistolet a dû s’éloigner de quelques centimètres de ma nuque.
Un jeune garçon d’une dizaine d’années m’a lancé :
« Partez vite, monsieur, je m’occupe de lui ».
Alors je me suis relevé, j’ai remis en place les quatre gourdes et j’ai marché, comme en état second, pour rejoindre mes huit autres camarades.
Ils vaquaient à leur occupation tranquillement.
- Ah c’est maintenant que tu arrives, Bernard ? On a tous très faim tu sais. Tu as la flotte pour les nouilles ? demande Jean-Michel qui s’était posé comme chef de notre bande.
J’ai tendu les gourdes pleines et j’ai prononcé avec calme:
- Je crois que nous ferions mieux de partir tout de suite.
- Et pourquoi donc ?
- Il y a un pépin.
- Qu’est-ce que tu racontes encore ? a ricané Jean-Michel. Ah Bernard, il faut toujours qu’il invente des histoires. Tu es quand même un peu mythomane !
- Non je suis sérieux.
- Nous aussi et on te le dit, il faudrait que tu arrêtes de croire à tes propres salades. On n'y croit plus.
Petits rires des autres qui s’étaient habitués à ce que je leur raconte des histoires horribles que j’inventais pour les distraire. Je tentais de retrouver un peu de calme pour poursuivre.
- Cette fois ce n’est pas une histoire issue de mon imagination. Je crains que cela ne soit bien réel. Je pense vraiment que ce serait mieux qu’on démonte les tentes pour nous installer un peu plus loin, insistais-je avec le même ton détaché.
- Et tu peux nous expliquer ce qu’il se passe de si grave selon toi?
- Il y avait du sang dans la salle de bain. Du sang partout. Et en rentrant pour ramener les gourdes je suis tombé sur un type avec un gros pistolet. Il avait le visage ravagé de plaies ouvertes et il voulait me tuer.
Un long silence suit suivi à nouveau de pouffades et moqueries.
Finalement ils ont décidé de ne pas tenir compte de mon avertissements, considérant que ce n’était juste qu’un délire du soir du mythomane du groupe.
Jean-Michel pour détendre l’atmosphère m’a donné une tape dans le dos.
- Sacré Bernard qu’est ce que tu ne vas pas chercher quand même, d’où te viens cette imagination débordante ?
C’est aussi le problème quand on a commencé à prendre la fonction de raconteur d’histoires imaginaires (et déjà à l'époque j'aimais bien inventer des récits) on n’est jamais cru.
- Cette fois ci c’est vrai.
- Oui c’est ça, il y a un tueur avec un revolver caché dans les bosquets, hein ? Allez mangeons. Moi j’ai très faim.
Puis Jean-Michel a déchiré les sachets de nouilles déshydratées avec ses dents alors que les assiettes, les gobelets et les fourchettes en plastique, le ketchup et les chips étaient distribués.
L’eau se mit à bouillir, et je me dis que si cela ne m’était pas arrivé réellement j’aurais probablement réagi comme eux. Après tout ce que je venais de vivre il y a quelques minutes a peine n’était pas très « crédible ». Je me dis que le mieux était peut-être de ne plus y penser.
C’est alors que Julie, une des filles de notre groupe qui était partie aux toilettes de femmes, revint. Elle avait du mal à retrouver son souffle, elle parlait sans articuler très vite, la bouche tremblante.
- … J’AI TOUT VU !!!! …
Elle avait des sanglots dans la voix. Tout son corps était parcouru de spasmes et de frissons. Elle pleurait d’émotion.
Cette fois Julie avait focalisé d’un coup tous les regards. Plus personne ne pensait à la nourriture. Elle semblait avoir vu le diable.
- LE TUEUR AVEC SON …. REVOLVER ! IL A FAILLI TUER BERNARD ! IL ALLAIT REELLEMENT LUI TIRER DESSUS COMME CA A BOUT PORTANT !!!!!!! »
Je n’ai pas osé préciser qu’il s’agissait d’un pistolet et non d’un revolver, cela ne me semblait pas le moment adéquat pour ce genre de rectification.
Elle s’est mis à pleurer et à sangloter.
Elle était pale, les yeux révulsés, haletait en émettant des bruits de gorge puis soudain elle s’est relevé et a commencé à ouvrir grand ses yeux et à prononcer avec une rage mal contenue.
- IL VA NOUS TUER NOUS AUSSI ! C’EST UN FOU DANGEREUX ! IL AVAIT LE VISAGE ENSANGLANTE. IL VA NOUS ATTAQUER NOUS AUSSI !!!! C’EST AFFREUX !!!! NOUS SOMMES EN DANGER ! »
Elle s’est effondrée tremblante soutenue par une autre fille. Elle a continué à bégayer, pleurer, décrire, répéter les mêmes phrases tout en me regardant et me pointant du doigt.
J’ai bredouillé quelques mots dans sa direction :
- Tu sais Julie, j’ai essayé de les avertir mais…
- IL VA NOUS TUER !!! IL FAUT PARTIR TOUT DE SUITE.
Cette fois ce fut l’affolement général de tout notre groupe d’adolescents. En quelques secondes toutes les affaires étaient pliées, les tentes démontées, la nourriture abandonnée.
Tout en rangeant les affaires dans mon sac à dos je me suis dit qu’il serait temps que je réfléchisse à ce problème.
Lorsque les situations étaient vraiment terribles je n’arrivais pas à m’affoler.
Ensuite une fois que c’était arrivé je ne savais pas être crédible parce que j’étais dans le contrôle et non dans l’invasion des émotions brutes comme Julie.
Force était de constater que je savais inventer des histoires imaginaires mais je ne savais pas parler du réel.
J’aurai dû crier, pleurer, trembler comme Julie, mais non, probablement du fait de ce détachement au moment de la situation je n’arrivais pas à vraiment m’apitoyer sur moi même.
Pire que cela : je considérais déjà que de toute façon j’allais mourir un jour donc il fallait accepter cette vérité et une fois que ce sera fait, ce sera fait.
- FUYONS ! VITE ! insista Julie avec sa voix chevrotante.
Elle commençait presque à me faire peur comme si ce n’était pas moi qui était concerné.
Finalement l’avenir est aux acteurs, peu importe l’histoire si elle n’est pas interprétée avec émotion on n’y croit pas.
Quelle sensation étrange, la situation racontée me faisait plus d’effet que la situation réellement vécue.
Il m’était déjà arrivé d’avoir des fous rire alors qu’il m’arrivait des drames. Je crois que c’est lors de cet incident que j’ai pris conscience de mon incapacité à transmettre des émotions par ma voix et mon comportement. Je suis incapable de convaincre qui que ce soit de quoi que ce soit parce que j’ai trop de recul et que le réel me semble une sorte de film projeté dont je ne serai qu’un personnage parmi d’autres.
Les six autres compagnons de voyage étaient maintenant dans la bousculade, la gesticulation, l’effroi total.
(Le pouvoir de transmissions des émotions des acteurs, dis je).
Au fur et à mesure que Julie donnait plus de détails sur le tueur fou au visage sanguinolent avec son revolver, la terreur devenait contagieuse. D’autres filles pleuraient. Jean-Michel bafouillait.
- Bon sang vite, filons d’ici, ça craint !!! répétait-il maintenant.
J’étais le plus lent à ranger mes affaires.
Je ne cessais de repenser à cet handicap d’être incapable de me mettre en colère ou de paniquer.
Depuis ma naissance j’étais spectateur de ma propre vie.
Comme si mon esprit suivait de loin les aventures de mon corps. Ce qui arrive à ce « Bernard Werber » me semblait curieux et intéressant. Sans plus. Je n’avais pas d’attachement spécifique à ce personnage que j’étais sensé incarner.
Bernard Werber avait failli mourir. Bon et alors ?
En quelques minutes nous étions avec nos sacs à dos remplis à nouveau. Nous nous installâmes à quelques centaines de mètres plus loin devant une autre paillotte restaurant qui, elle, était éteinte.
Nous remontâmes à la hâte les tentes.
Jean-Michel, donnait des consignes, il fallait qu’il y ait des tours de gardes au cas ou le « fou furieux au revolver » veuille nous attaquer dans la nuit. Il proposait qu’on utilise, comme armes, nos couteaux à cran d’arrêt. Le premier qui le voyait ou qui était attaqué devait hurler et on devait tous ensemble lui tomber dessus pour tenter de le désarmer. Il expliquait qu’avec les cailloux, des bâtons et les couteaux on pouvait peut-être l’assommer. Julie préconisait qu'on devait lui jeter du sable de la plage dans les yeux. Sinon il faudrait frapper au ventre et à la tempe. Il espérait que notre nombre pourrait compenser notre faiblesse d’armement.
Pour ma part considérant que j’avais déjà eu mon lot d’émotions pour la journée je m’enfonçais dans mon sac de couchage et m’endormais aussitôt.
A l’époque j’avais un sommeil profond rapide avec des rêves très cinématographiques. Je ne me rappelle pas du rêve précis de cette nuit, mais cela devait être un rêve très banal par rapport à la réalité que je venais de vivre.
Je fus réveillé par la lumière du soleil matinal et la voix de Julie. Elle avait encore le visage tout blanc et la voix mal assurée.
- Bernard, … Bernard…. Bernard… il y a quelqu’un qui veux te voir.
Je me levais, sortais de la tente, clignait des yeux. Les autres me fixaient avec curiosité comme si j'étais un type anormal.
En tout cas j’étais visiblement le seul du groupe à avoir bien dormi.
Julie me guida vers le nouvel arrivant. C’était le jeune garçon qui m’avait sauvé la vie hier soir. A la lumière du jour je distinguais un visage rond, des cheveux noirs. Il baissait les yeux. Il semblait gêné comme s’il devait avouer une bêtise.
- Mon père voudrait vous faire un cadeau pour s’excuser pour hier soir, me déclara-t-il.
Les autres me regardaient attendant de voir ma réaction. Je baillais, me frottais les yeux pour gagner un peu de temps et me donner un peu de contenance, réfléchissais vite puis je déclarais :
- Je ne veux pas de cadeau et je ne souhaite pas revoir votre père. Par contre ce que je veux c’est savoir la vraie histoire. Qu’est ce qu’il s’est passé hier soir qui a amené à cette situation ?
Il accepta de me raconter en détail ce qu’il savait sur les évènements de la veille.
En fait quelques heures après que mes compagnons et moi nous soyons installés sur la plage, il ne restait plus qu’un dernier client dans le restaurant. Et ce client déjà bien éméché avait refusé de payer son addition.
Le patron du restaurant avait insisté et le client avait dégainé un rasoir qu’il avait dardé en avant pour le menacer. Le patron ne s’était pas laissé impressionner, il avait saisi une chaise pour tenir l’homme au rasoir hors de portée.
S’en était suivi un duel. Chaise contre rasoir. Puis un corps à corps. Le client mauvais payeur était arrivé à toucher le propriétaire du restaurant plusieurs fois au visage et au bras provoquant de profondes entailles. Finalement le combat avait tourné à l’avantage du patron, qui avait réussi à le désarmer et le client vaincu mais ne voulant toujours pas payer s’était enfui en lançant :
« De toute façon je vais revenir avec tous mes copains et on va foutre le feu à ton restaurant!»
Alors le père était allé dans un premier temps dans sa salle de bain pour se nettoyer les blessures, ce qui expliquait qu’il y avait du sang partout, puis il avait récupéré son pistolet. Il s’était caché dans le jardin, accroupi derrière les broussailles et il attendait les complices pyromanes.
Un peu plus tard une voiture avait surgi depuis le sentier qui menait au restaurant et à la plage.
Elle s’était garée près du restaurant. Les phares s’étaient éteints. Le contact avait été coupé. Les portes s’étaient ouvertes et quatre personnes en étaient sorties.
Pour le restaurateur il était évident que c’étaient les copains du client au rasoir, qui revenaient pour exécuter la sinistre menace lancée par le vaincu.
Dès lors l’homme au visage lacéré avait mis au point une stratégie : les abattre un par un avant qu’ils ne puissent incendier son restaurant. Il a saisi son révolver Smith et Wesson modèle 1911 et s’est mis en embuscade pour les descendre un par un.
On peut le comprendre. Il était en légitime défense.
Et ce fut précisément à ce moment que je suis passé avec mes quatre gourdes en bandoulière. Pour lui il était évident que ces récipients étaient remplis d’essence. J’étais forcément l’un d’eux. Le fait que le restaurateur ait reçu un coup de rasoir sur les yeux et le fait que j’ai une lampe torche alors que lui n’avait pas de source de lumière ne faisait que rajouter à la confusion. Même si nous nous étions vu auparavant, il ne me reconnaissait pas et moi non plus.
Pourquoi avait-il attendu avant de tirer ?
« Non ! Ne tire pas papa, ce n’est pas lui ». Quelle jolie phrase.
Ce garçon de moins de dix ans venait de décider que j’allais continuer à vivre.
Quant aux hommes sortis de la voiture garée, ce n’étaient pas les incendiaires, probablement de simples touristes venus faire un bain de minuit.
Le restaurant n’avait pas pris feu, le client au rasoir n’était pas revenu avec ses amis.
Le garçon insista à nouveau pour que je le suive vers son restaurant afin que son père puisse s’excuser en face.
- Il va vous faire un très beau cadeau, vous verrez je suis sûr que cela va vous plaire. Mon père est tellement embêté pour ce qu’il s’est passé hier soir.
- C’est plutôt à moi de « te » remercier, à toi qui est maintenant en face de moi. Tu m’as sauvé la vie. Je n’oublierais jamais ce qu’il s’est passé hier soir et ce que je te dois.
Et alors que je regardais le jeune garçon s’éloigner je me mis à songer :
« Je suis donc encore là ici et maintenant. Il a fallu tellement de chance pour que la vie apparaisse sur terre. Il a fallu tellement de temps pour que les espèces évoluent jusqu’à l’apparition de l’humain. Il a fallu de tellement de hasards pour que mes ancêtres survivent aux guerres, aux épidémies, aux famines, se rencontrent et fassent l’amour. Il a fallu tellement de chance pour que le spermatozoïde de mon père qui a fécondé l’ovule de ma mère gagne la course devant ses 300 millions de concurrents.
Bon sang si j’étais mort hier soir tout se serait arrêté.
Tous ces hasards extraordinaires qui ont abouti à mon existence n’aurait servi qu’à produire un cadavre d’un gamin de 14 ans gisant dans le sable de Solenzara suite à un … « malheureux quiproquo issu d’une bagarre nocturne avec un ivrogne qui ne voulait pas payer ».
J’ai avalé ma salive et j’ai eu la conviction suivante :
« Il faut à tout prix que je rentabilise cette vie, accomplir n’importe quoi mais au moins quelque chose qui légitime le fait que je sois né. Quelque chose qui fasse que lorsque je mourrai, je n’aurai pas le regret de ne pas avoir assez vécu ni profité de cette existence particulière ».
Dès lors j’inspirais profondément, je fermais les yeux, et j’eu une énorme envie de rentabiliser chaque seconde de ma vie afin que si un jour on devait l’inscrire dans un livre il y ait au moins quelques passages amusants ou intéressants".
Je me suis dis tout en soufflant :
« Et maintenant que je ne suis pas mort, tout peut commencer ».
* * *

Histoires vécues

01.10.2017
05 - « LA RENCONTRE AVEC MA PREMIERE MEDIUM : MONIQUE” PETITES HISTOIRES EXTRAORDINAIRES QUE J’AI RÉELLEMENT VÉCUES 05.


PETITES HISTOIRES EXTRAORDINAIRES QUE J’AI RÉELLEMENT VÉCUES.
Élément de Puzzle numéro 05.

« LA RENCONTRE AVEC MA PREMIERE MEDIUM : MONIQUE”

Je me souviens.
C’était en Septembre 1997, j’avais 36 ans.
C’était une période plutôt basse, je venais de connaitre un échec de vente en librairie avec les Thanatonautes (du coup je songeais à arrêter le métier d’écrivain), je venais de divorcer, le projet de film des Fourmis était stoppé et tous les autres signaux étaient au rouge.
Cela correspond au tarot à la carte du pendu, quoiqu’on fasse, ça n’avance pas et plus on se débat, plus cela serre les cordes et fait encore plus mal, donc il faut rester immobile et attendre que cela se débloque.
Période de solitude, de doute professionnel, et période de cocooning ou je restais seul à la maison à lire des romans et regarder des films.
Arrive mon anniversaire, moment de mise au point annuel ou je réunis les quelques amis qui me restent (durant les périodes de replis la tribu rétrécit) dont Marie Pierre Planchon (l’excellente miss météo de France Inter). Cette dernière me dit : “pour ton anniversaire je voudrais t’offrir la rencontre avec quelqu’un d’extraordinaire’’.
J’accepte ne sachant trop sur qui j’allais tomber. La première rencontre a lieu un soir dans un appartement de banlieue ou je trouve une vingtaine de femmes de plus de 50 ans, assises sur des chaises en cercle. Je me retrouve le seul homme au milieu de cette assemblée. On se croirait au milieu d'une réunion Tupperware de femmes se tenant au courant de dernière technique de vente au porte à porte. Arrive Monique Parent Baccan, une dame plutôt ronde et un visage poupin souriant, aux belles joues et aux cheveux blonds réunis en queue de cheval.
Elle a une voix douce, s’installe et annonce qu’elle est connectée à un ange et que les gens présents peuvent poser des questions.
“Pourquoi il y a de la violence sur Terre”? demande un dame.
Les autres questions sont du même acabit.
Je m’ennuie et finis par m’endormir alors que je suis assis, bien visible, dans le cercle.
A la fin Marie Pierre me secoue pour me réveiller et me demande “Alors tu en as pensé quoi?”
- Aucun interêt, réponds-je. Cette femme ne m’a pas du tout convaincu. J’espère juste que le fait que me sois endormi au milieu du groupe ne les a pas perturbé, j’ai ronflé?
- Ah, ça ne t’a pas plu? C’est dommage car je t’ai demandé une séance privée demain matin.
- Annule, cela ne m’intéresse pas du tout. Tu sais je suis plus intéressé par la science que par l’occultisme.
- Zut, écoute, c’est compliqué, vas-y juste pour me faire plaisir, je lui ai déjà payé la séance….
Alors essentiellement pour honorer le cadeau je me rends à la séance privée qui a lieu cette fois dans l'appartement de Marie Pierre, dans le 7 ème arrondissement.
Là Monique Paran Baccan commence par se présenter :
- Vous savez monsieur Werber, Marie Pierre m’a dit que vous étiez écrivain, mais moi personnellement j’ai été éduquée à la campagne et je n’ai jamais lu de livres sans images jusqu’au bout, je ne lis que des bandes dessinées, donc désolé je ne vous connais pas.
Là dessus elle sort un papier et un paquet de feutres colorés et tout en parlant elle commence à faire une sorte de jolie rosace qu’elle colorie.
- Avez vous amené une cassette pour enregistrer la rencontre ?
Je lui tends l’objet qu’elle enfonce dans un vieux magnétophone en plastique. Puis elle appuie sur la touche enregistrement.
- Bon tout d’abord, est ce que vous voulez parler à votre ange gardien ? me demande-t-elle tout de go.
- Hé bien … oui pourquoi pas.
- Je dois vous signaler qu’il se nomme Barnabé et qu’il est là.
- Hé bien enchanté Barnabé. Enfin Bonjour.
J’essaye de garder mon sérieux et de jouer le jeu car Marie Pierre est elle aussi présente à me faire des signes d’approbation et d’encouragement. Et puis que je ne veux pas la peiner vu que c’est son cadeau.
- Alors est ce que vous avez préparé des questions ?
- Non.
- Vous voulez quand même en poser une ?
- Hé bien oui… qu’est ce qu’il attend pour se mettre au travail ? Lancais je en guise de mini provocation.
Et là elle me répond avec sérieux:
- Mais il n’arrête pas.
Et alors là ce fut la première fulgurance, comme si tout d’un coup je prenais conscience d’être un enfant gaté de la vie.
Car même si j’étais focalisé sur tous mes problèmes immédiats j’étais conscient que cela aurait pu être encore bien pire. Je pourrais être encore au chômage, comme avant la publication des fourmis, je pourrais être encore journaliste, je pourrais avoir des problèmes de santé.
Et tout d’un coup me revint tous les moments où cela aurait pu être catastrophique et évité de justesse comme par enchantement. Notamment les fois où en traversant la rue j’ai évité de peu une voiture qui ne m’avait pas vu et qui était sur le point de m’écraser.
J’ai eu le sentiment d’être ingrat envers tous ces petits miracles inexpliqués qui pourraient accessoirement être attribués à cet ange gardien Barnabé.
Et alors j’ai éclaté de rire et je n’ai prononcé qu’une phrase :
- Heu … alors dans ce cas je lui dis merci. Enfin dites lui merci de ma part.
- Il vous entend et vous répond « de rien c’est avec plaisir ».
Dès lors après ce premier éclat de rire l’atmosphère s’est détendue… et elle m’a dit :
- Voulez vous connaitre vos vies antérieures?
- Heu… vous savez je n’y crois pas vraiment. En général, dans les récits de vies antérieures tout le monde est César, Cléopatre, Napoléon ou Louis XIV alors que dans la réalité 99 % des gens étaient soit paysans, soit soldats, et mourraient en moyenne vers 40 ans après avoir eu des vies tristes et sans aucune aventure ni voyage.
- En effet. Vous êtes une vieille âme. Vous avez eu au total 112 vies et la plupart étaient comme vous dites des vies banales, mornes, sans intérêt spécial. Mais je me proposais de vous raconter les 11 les plus intéressantes. Déjà vous voulez savoir peut être si des gens à coté de vous étaient déjà dans vos vies précédentes ?
- Ma mère?
- Hé bien votre mère était votre fille dans votre vie précédente.
Nouvel éclat de rire car la veille, alors que mes parents venus de Toulouse étaient installés chez moi j’avais dit à ma mère sans réfléchir “Et maman il faudra penser quand même à ranger ta chambre”.
- Et mon père?
- Votre père a été dans une vie antérieure un ennemi qui est ensuite devenu un ami. Jusqu’à la fin de cette vie là vous avez été très complices.
Là encore cela résonne de manière très correcte par rapport à ma vie actuelle.
Nous passons ensuite en revue la plupart de mes amis et peut être par phénomène de chance ou de suggestion elle tombe à chaque fois juste dans le rapport à ces personnes.
Je commence à être intrigué, et sachant que je n’aurai jamais la patience de réécouter la cassette je sors mon ordinateur portable et commence à prendre des notes.
Je sens qu’elle va me fournir de la matière à écriture.
Elle me raconte ma vie ou j’ai été samouraï. Elle m’explique que c’était une vie ou j’étais obnubilé par les objets, sabre, tenue, casque et ce qui me plaisait était l’art du combat que je voulais mener par une exigence de perfection personnelle.
Pas de famille, pas de possession, juste une succession de déplacement pour faire des guerres ou des duels et toujours cette recherche du meilleur katana, et de la plus belle tenue de combat.
Mon plaisir était dans l’obéissance à mon shogun. Je ne posais pas de question, j’obéissais, je tuais ou je guerroyais pour lui sans même savoir qui étaient vraiment ses ennemis.
Mais au moment je me suis aperçu que je n’avais fait qu’obéir a mon shogun j’ai compris que je n’avais pratiquement pas utilisé mon libre arbitre et que je ne savais même pas les raisons pour lesquelles je combattais des gens qui après tout n’étaient que des étrangers que je ne connaissais même pas et avec lequel je n’avais même pas commencé à discuter.
Et à la fin de cette vie j’avais eu une prise de conscience qui m’avait poussé à ne plus vouloir pour mon âme aucune vie dans laquelle j’obéirai à un chef, et des vies où je pourrai réfléchir et utiliser mon libre arbitre quitte à en assumer les conséquences, qu’elles soient bonnes ou mauvaises.
Grâce à cette évocation je saisis mieux cette allergie a toutes sortes de chefs ou d’autorités qui m’a valu déjà pas mal de difficulté dans les cours de classe tout comme dans les cours de récréation (et ensuite dans les rédactions).
En fait depuis ma naissance je ne supporte pas les hiérarchies sauf si mes supérieurs détiennent un savoir ou une expérience que j’ignore. En dehors de cela toute forme d’autorité auto-proclamée me donne envie de fuir.
Autre détail plus troublant : du fait de mon problème de rhumatisme d’enfance (voir l’histoire élément de puzzle numéro 04 «Un arbre dans le dos des rêves au bout des doigts ») je devais faire de l’exercice pour me débloquer les articulations même si j’étais peu enclin a la gymnastique. Quand, à l’âge de 15 ans, je dus choisir un sport j’avais spontanément répondu à mes parents que le seul sport qui pourrait me donner envie d’y aller régulièrement était le “combat au sabre” donc le “Kendo japonais”. Or à Toulouse, il n’y avait aucun club proche. Par dépit, je m’inscrivais à quelque chose qui ressemblait vaguement un art martial français : la canne de combat.
C’est un baton de noyer d’un mètre qu’on manie un peu à la manière des sabres lasers de la guerre des étoiles. Ce sport est très ancien et comprend différents coups et figures qui le font s’approcher des arts martiaux japonais.
Le cours était à effectif très réduit dans la mesure ou nous n’étions que 5 élèves. Très vite je fus formé et cela me plaisait suffisamment pour que je commence à faire de la compétition.
Je me souviens que lorsque j’enfilais la tenue avec le casque, la veste matelassée, les longs gants et dès que je serais la canne pour me mettre en garde et saluer mon adversaire, il se passait quelque chose d’étrange : je réveillais une sorte de guerrier enfoui dans ma mémoire cellulaire.
Toujours est-il que je m’avérais étonnement souple, rapide, combatif. Les figures, les sauts, les mouvements circulaires ou les passages de l’arme de main en main étaient fluides sans même que j’y pense (pour ceux qui ne connaisse pas c’est un sport beaucoup moins rectiligne que l’escrime on est dans un cercle et on peut tourner voire sauter au dessus de l’adversaire).
Si bien que gagnais une à une les compétitions au point de terminer en quart de finale à Paris.
Je me souviens de cette étrange sensation : dès que le départ était donné je fonçais sur mon adversaire avec une sorte de rage et n’avait qu’une envie le vaincre.
J’arrivais à sauter, tournoyer, feinter, avec une rapidité d’autant plus étonnante qu’en dehors de cela j’étais pratiquement handicapé.
Le combat me mettait en transe, avec de l’adrénaline qui fusait dans mes veines et les hourras de mon équipe au moment de la victoire me provoquait une giclée d’endorphine.
Moi, si pacifique, si maladroit, si peu à l’aise avec mon corps je m’avérais un guerrier convenable lorsque j’avais la tenue et lorsque c’était dans un cadre autorisé. Et dès que j’enlevais la tenue, tout s’arrêtait et je redevenais normal.
L’allusion à ma vie précédente de samouraï me semblait enfin une explication à ce phénomène jusque là bizarre.
Je réveillais une vieille mémoire (le fait qu’a l’époque je ne mangeais pratiquement que de la nourriture japonaise ne faisait que corroborer ce premier sentiment, voir histoire élément de puzzle numéro 2 «Rimbaud et les sushis »).
Ensuite Monique me raconta une seconde vie qui me troubla.
J’avais été femme de harem en Egypte probablement durant la période de l’antiquité.
Dans cette vie j’avais vécu enfermée dans le harem et même si le lieux était confortable, on y mangeait bien et il y avait une piscine au centre, je m’ennuyais ferme avec les autres femmes d’autant plus que le propriétaire du lieu ne daignait même pas nous faire l’amour pour des raisons que j’ignorais. Dans cette vie là selon Monique je m’étais faite amie avec l’un des eunuques, qui était devenu mon complice et mon confident (un type charmant avec beaucoup d’humour) et nous passions nos soirées sur la terrasse supérieure à sortir des blagues sur les autres filles et à observer les étoiles pour les noter sur des parchemins.
Il s’avère que depuis l’âge de 13 ans, j’ai toujours été passionné par l’astronomie et que je restais à la SAPT (société d’astronomie populaire toulousaine) souvent des heures à observer les étoiles en haut de la tour de ce club.
Cela me semblait une sorte d’état naturel où je me sentais bien, tourné pendant des heures vers ces petites lueurs palpitantes.
Donc passion pour le combat au sabre plus fascination pour l’astronomie pouvaient trouver une explication dans ces deux vies antérieures : samouraï et femme de harem.
Monique me raconta 11 autres de mes vies et c’étaient comme 11 films dont j’étais le héros avec un début un milieu et une fin cohérente.
Je lui dis “soit vous racontez à tous la même chose soit vous êtes très douée pour inventer des histoires différentes pour chacun, mais en tant qu’écrivain je reconnais qu’il n’est pas facile d’inventer aussi vite 11 histoires aussi réalistes avec un début un milieu et une fin”.
Selon elle dans ma première vie sur Terre j’étais atlante. Et encore avant j’avais fait partie des gens d'une autre planète qui avaient initié un voyage en vaisseau spatial pour arriver sur cette Terre (plus tard cette remarque m’inspirera d’ailleurs le roman “LE PAPILLON DES ETOILES”)
A la fin de la séance j’étais dans une sorte de joie et de jubilation d’enfance. La même que je ressentais quand mon père me racontait des histoires de la mythologie grecque avant que je ne me couche. Elle avait réveillé ma propension à être émerveillé par les récits.
Mon esprit était rempli d'images, de scènes exotiques, de décors merveilleux, il me semblait me souvenir d'instants fugaces qui ne faisaient pas partie de mon passé.
Je lui ai dit “Excusez-moi pour ma méfiance de départ, je ne sais pas si ce que vous m’avez raconté est vrai ou faux et d’une certaine manière cela n’a aucune importance, par contre ce que je constate c’est que je suis arrivé ici en étant un peu déprimé, vous m’avez parlé et cela m’a complètement revigoré’. Donc encore une fois mille mercis, c’est un superbe cadeau d’anniversaire que j’ai reçu et que j’apprécie ».
Par la suite, je revis Monique une dizaine de fois et à chaque fois je repartais avec un sourire.
A sa demande je dédiais le livre suivant “le Père de nos pères” à mon ange gardien Barnabé, et ce n’est que plusieurs années après notre première rencontre que je lui dédie aujourd’hui “Depuis l’au delà”.
Par la suite, je l’ai revue normalement et nous avons parlé de sa vie (je me suis inspiré de vrais épisodes de sa vie pour faire la jeunesse de mon personnage de Lucy l’héroïne de mon roman “Depuis l’au delà”, notamment l’épisode où elle a été sauvée de prison à l’âge de 28 ans , injustement accusée d’être trafiquant de fausse monnaie, parce que dénoncée par son amant gangster et comment elle a pu tenir psychologiquement lors de son incarcération grâce à l’usage des cartes de tarot qui l’a rendue star dans la prison).
Monique est devenue mon amie. Je ne sais pas à quoi elle était connectée mais en tout cas cela lui faisait du bien et cela faisait du bien à son entourage de l’écouter.
Je ne veux évidemment convaincre personne qu’elle avait un pouvoir magique, (d'ailleurs je ne suis même pas sur d'y croire vraiment) mais je dois constater qu’elle m’a non seulement rassuré à l’époque sur mon avenir, mais qu’elle m’a donné des idées que j’ai utilisé pour mes romans et je voulais ici lui en rendre hommage.
Monique Parent Baccan est morte le 3 septembre 2006. Elle ne cessait de grossir. Plus elle pratiquait son art de se connecter aux mondes invisibles plus elle s’épaississait. Cela l’a probablement tué. Il y a un prix à payer pour avoir des pouvoirs spéciaux, selon moi elle s’est sacrifiée pour continuer à faire du bien aux gens par sa parole.
PS : Cinq ans plus tard j’ai rencontré une autre médium, Véronique. Alors que nous étions en fin de séance, Véronique me demande :
- Vous aviez une autre médium avant moi?
- Oui pourquoi?
- Hé bien elle est très méfiante ou alors elle tient beaucoup à vous.
- Qu’est ce qui vous fait dire ça ?
- En fait elle est à cet instant, pile juste derrière moi à surveiller ce que je vous raconte pour vérifier si je ne vous dis pas de conneries.
Sacrée Monique.

Histoires vécues

17.09.2017
04 - "UN ARBRE DANS LE DOS, DES REVES AU BOUT DES DOIGTS" - HISTOIRE VECUE N°04


Un arbre dans le dos, des rêves au bout des doigts.
1. Je me souviens.
Je suis né avec une maladie bizarre qui se nomme SPA. Non pas pour Société Protectrice des Animaux mais pour Spondili Arthrite Ankylosante. Spondili ce sont les vertèbres. Arthrite c'est le rhumatisme. Ankylosante cela signifie que progressivement cela bloque tout. En fait mon dos se transforme en petit arbre bien rigide.
C'est ce qu'on appelle une maladie moderne car elle n'a été bien diagnostiquée qu'à partir des années 1980, grâce aux travaux d'un monsieur toulousain comme moi qui s'appelle Jean Dausset et qui reçut précisément en 1980 le prix Nobel de médecine pour ses recherches sur ce problème. Mais avant de vous en dire plus sur cette charmante maladie qui m'accompagne depuis ma jeunesse, je vais vous parler de mon enfance.
2. Je suis né à Toulouse et j'étais un enfant, comment dire? Solitaire introverti, les professeurs mettaient souvent "rêveur" ou "dans la lune" a côté de la phrase "résultats scolaires pour l'instant plutôt moyens mais on sent qu'il y a du potentiel il devrait se reprendre avant la fin de l'année".
3. Mais je ne me reprenais pas et passais parfois les classes suivantes de justesse.
4. Par contre je lisais très jeune des livres, notamment des nouvelles d'Edgar Poe et de Jules Verne. Et grâce à cela je tenais le coup.
5. J'étais moi-même un peu bizarre, nul en sport, nul au foot, je n'arrivais pas à retenir par coeur les récitations ni les noms des fleuves russes et encore moins les dates des grandes batailles-boucheries qui ont rythmé l'histoire de nos ancêtres. Durant les vacances, je restais des heures à observer les fourmis dans le jardin de la villa de mes grands-parents à la campagne.
6. Je les mettais ensuite dans des pots et je croyais en faire l'élevage, mais vu que souvent il n'y avait pas de reine, elles dépérissaient et je les remettais là où je les avais trouvées.
7. Problème familial: un certain dégoût de près ou de loin pour tout ce qui ressemblait à de la viande surtout saignante. Je dis ça car j'ai toujours eu l'impression que c'était manger du cadavre.
9. Donc nul au foot, un peu trop sensible dans le quotidien, en conflit alimentaire avec mes parents, pourvu de peu de mémoire pour les cours, j'étais ce qu'on pourrait nommer un enfant plutôt inadapté au système social courant.
Le seul domaine où j'excellais dès l'âge de 5 ans était le dessin. Je dessinais partout toujours la même chose: un vaisseau spatial grâce auquel je voulais quitter la Terre avec quelques copains triés sur le volet. On arriverait sur une autre planète et là-bas on recommencerait tout "autrement".
10. À 8 ans, composition libre, je rédige une rédaction sur un sujet qui me passe par la tête "SOUVENIR D'UNE PUCE".
11. Le point de vue d'une jeune puce qui escalade un humain des pieds aux cheveux comme s'il s'agissait d'une montagne et qu'elle pratiquait l'alpinisme pour rejoindre la jungle des poils qui couronne son sommet.
12. Le professeur de l'époque s'est avéré encourageant: "C'est avec vous que je prends le plus de plaisir à lire les copies, qu'est-ce que j'ai ri avec votre rédaction! C'était vraiment un pur régal de lecture. Je l'ai relue plusieurs fois et l'ai fait lire autour de moi. Par contre 5 fautes d'orthographe m'obligent à vous mettre zéro. Dommage Werber, dommage, il suffirait que vous soyez un peu plus attentif à l'orthographe et vous auriez eu une bien meilleure note". Cela dit la première phrase est comment dire... à revoir ( "Je suis né d'un père puceau et d'une mère pucelle"). Vous comprendrez un jour pourquoi."
13. Deuxième rédaction en sujet libre qui me valut les encouragements du même professeur: "Un safari vu du point de vue du lion". L'idée était de sortir de ma peau de petit garçon, d'offrir un point de vue extérieur original. Celui du chassé plutôt que celui du chasseur. Pareil, le professeur me dit qu'il avait bien ri et qu'il avait adoré mais que, zut une fois de plus les 5 fautes l'obligeaient à contre-coeur à me mettre un zéro.
14. Déjà à 8 ans je maîtrisais le fond mais pas la forme. En fait déjà à 8 ans je crois que je me passionnais pour le fond et me désintéressais de la forme. Mauvais élève un jour, mauvais élève toujours.
15. À 13 ans, mort de mon grand-père, Isidore, à l'âge de 82 ans.
16. On pratiqua sur lui de l'acharnement thérapeutique. Il réclamait qu'on le laisse mourir tranquille (il avait les poumons remplis d'eau et des escarres dans le dos qui le faisaient beaucoup souffrir). Il fut sanglé pour l'empêcher d'enlever ses tuyaux de perfusion. Mais de rage il y parvint quand même pour se donner la mort.
17. Je fus bouleversé par cette disparition et les circonstances dans lesquelles elle s'était produite. Cela me posait des questions. Ainsi on ne peut même pas mourir sereinement quand on en a envie, on peut vous forcer à vivre malgré vous!
18. Du coup, énorme crise de mal au dos, énorme difficulté à sortir du lit. Je devais aller à l'école avec une canne. Comme un petit vieux.
19. Mes parents m'amenèrent chez le médecin pour tenter d'expliquer ce blocage. Celui-ci diagnostiqua que c'était psychologique. Je voulais faire mon intéressant. Ou que je ne voulais plus aller à l'école.
20. Il faudra attendre encore un an avant qu'un spécialiste des rhumatismes ait l'idée de me faire un test qui se nomme HLA B27. Il s'avéra positif. Du coup on put déduire ce qui me provoquait ce blocage du dos.
La Spondili Arthrite Ankylosante.
21. Mauvaise nouvelle, cette maladie est génétique (donc il n'y a aucune cause sur laquelle on peut agir) et elle est irrémédiablement évolutive. Je dois donc terminer ma vie handicapé pour me transformer en statue.
22. Vers la fin on me proposera un choix: "Assis ou couché". C'est-à-dire rester définitivement bloqué en position assise ou en position couchée. Assise permet de mieux travailler. Couché permet de mieux dormir.
Je découvrais aussi que ceux qui choisissaient: "assis" devaient dormir en position verticale dans des hamacs suspendus au plafond avec les deux jambes qui sortent sur les côtés...
23. On a testé sur moi le traitement des piqûres aux sels d'or.
24. J'ai ingurgité toutes sortes de médicaments, pour finalement me cantonner aux anti-inflammatoires qui me soulageaient un peu... et me trouaient l'estomac...
25. Déjà mon truc pour tenir était d'écrire des nouvelles.
26. A 16 ans j'ai créé un journal de lycée à Toulouse, EUPHORIE. À l'intérieur je publiais mes nouvelles transformées en scénarios de bandes dessinées, illustrées par des amis dessinateurs, Fabrice Coget, Michel Dezerald...
27. Une de mes nouvelles m'a semblé amusante à developper: Les fourmis.
28. A l'époque j'avais lu dans un article-interview d'un de mes auteurs préférés Frédéric Dard (connu pour être l'auteur des "San Antonio") que pour bien écrire un projet de livre il faut une discipline de 8h à 12h30 tous les matins.
29. Je pris ce conseil à la lettre.
30. Par chance pour les études de droit que j'entamais à partir de l'âge de 17 ans, les cours se déroulaient essentiellement l'après-midi. Du coup j'avais mes matinées disponibles pour écrire Les fourmis.
31. A 20 ans je passais mes 3 jours d'examens pour le service militaire, qui à l'époque était obligatoire pour tous. Je montrais mon dossier médical où était inscrit mon petit souci de santé. Le médecin militaire qui m'examina se mit à avoir la larme à l'oeil en me racontant la tragédie d'un de ses meilleurs amis qui était atteint de la même maladie à un stade plus avancé. Du coup j'ai été exempté. Ce fut le premier apport positif de ma SPA.
32. À 16 ans j'ai commencé la rédaction du projet "fourmis". À l'époque je m'étais amusé à créer des acrostiches, c'est-à-dire que les premières lettres de chaque phrase formaient un récit complet caché.
33. La première version faisait déjà plus de 1000 pages (je voulais faire une grande saga dans l'esprit de mes deux livres cultes de l'époque: Fondation d'Asimov, et Dune de Franck Herbert).
34. Ensuite après avoir échoué à mes examens de droit, j'ai fait criminologie, puis école de journalisme.
35. À 20 ans je gagne un prix de meilleure idée de reportage avec les fourmis carnivores magnans d'Afrique. Je vais sur place au centre écotrope de Lamto en Côte d'Ivoire et je me retrouve plongé au milieu d'un fleuve de millions de fourmis susceptibles, peu timides et très affamées.
Je m'en tire de justesse grâce à la présence d'esprit de Kouassi Kouassi mon assistant qui me sort d'un fossé recouvert de ces charmants insectes.
36. Rentré à Paris je réécris tout le roman.
37. En tout, je vais en 12 ans (de 16 à 28 ans) écrire 111 versions de ce projet. La dernière version Z85 comprenait 1500 pages.
38. À partir de la 6ème année d'écriture, donc à partir de 22 ans, j'ai commencé à chercher un éditeur et j'ai envoyé la dernière version du manuscrit, modifié tous les ans, à une dizaine d'éditeurs. Dont Albin Michel mon éditeur actuel. Mais je tombais sur le comité de lecture conventionnel qui ne comprenait même pas l'intérêt de publier un roman sur un sujet aussi "décalé".
39. 6 ans de lettres de refus et puis... il y a eu un concours de circonstances étranges (que je vous raconterai dans une autre nouvelle) qui a fait que soudain cela s'est débloqué.
40. Enfin Albin Michel acceptait de me publier en me demandant juste de réduire de 1500 pages à 350. Il me fallut enlever les grandes scènes flamboyantes que j'avais rédigées dans l'esprit du Salambo de Flaubert (autre référence qui me semblait parfaite pour rédiger un récit sur les fourmis).
45. Donc de 1500 à 350 pages, je publiais la version "clip" du long métrage.
46. À 30 ans j'ai donc enfin été publié et mes crises se sont définitivement arrêtées.
47. Pourquoi lier les deux? Parce que cela me semble évident, en fait, le seul remède contre la maladie est de s'épanouir dans son activité quotidienne.
L'écriture de romans a arrêté la progression de ma maladie.
50. J'ai trouvé récement une étude néo-zélandaise de 2009 montrant que les accidentés de la route qui rédigent tous les jours des récits imaginaires guérissent deux fois plus vite que ceux qui ne le font pas... donc il n'y a pas que pour moi que cela fonctionne. L'esprit influe sur la matière.
51. Voilà, maintenant, j'ai plus de 50 ans. J'ai écrit plus de 20 romans. Le principe est toujours le même: sortir de ma peau d'humain pour m'imaginer non plus comme une puce, ou comme un lion, non plus comme une fourmi mais comme un "thanatonaute", un ange, un dieu dans un premier temps, puis un arbre dans "le témoin silencieux" (une nouvelle de l'Arbre des possibles), un chat dans "demain les chats" ou un mort dans mon dernier ouvrage "Depuis là-haut".
52. J'ai baptisé mon art "philosophie fiction" car ce n'est pas de la science-fiction proprement dite, c'est-à-dire que je n'utilise pas seulement une découverte scientifique mais un questionnement purement philosophique pour avancer. Sommes-nous des dieux? Peut-on contrôler ses rêves? Que nous arrive-t-il après la mort? Quelle est la motivation de nos actes dans L'Ultime secret?
53. Voilà, j'ai été sauvé d'une vie normale (où j'aurais très probablement été inadapté) et d'une maladie invalidante par... l'écriture. On pourrait donc nommer mon traitement très personnel "écrito-thérapie". Je crois que nous avons tous un mode d'expression artistique par lequel on peut faire sortir sa pression intérieure. Je vous souhaite à tous de le trouver non seulement pour réduire vos agacements ou vos souffrances mais pour connaître des joies incomparables que vous ne pourrez trouver nulle par ailleurs.
PS: Mais si les crises revenaient et que l'arbre dans mon dos se remettait à se rigidifier je sais maintenant que ce je choisirai: la position assise.
PS 2: Cela dit je vous parle de ce sujet, parce que lors du dernier Master Class de Genève samedi 16 septembre, 4 personnes sont venues me voir pour me dire qu'elles avaient des SPA ou qu'elles connaissaient des personnes en souffrant. J'écris ce texte pour montrer qu'il y a des solutions même si elles ne sont pas forcément médicamenteuses. Il faut se forcer à être heureux rien que pour guérir. Je pense réellement qu'en trouvant un sens à sa vie on arrange ses problèmes de santé, même s'ils semblent a priori insurmontables.

Histoires vécues

04.09.2017
03 - « LA DAME AUX CHATS » JUILLET 1982. CAMBRAI (HISTOIRES EXTRAORDINAIRES QUE J’AI REELLEMENT VECUES. Numéro 03).


Je me souviens.
C’était en 1982, j’avais 21 ans.
Je venais effectuer mon stage de journaliste dans une ville du Nord de la France de 50 000 habitants et j'étais logé chez une dame qui s’appelait, ca ne s’invente pas, Madame Violette.
C’était une petite femme de 80 ans qui était un peu taciturne. Elle avançait avec sa canne et elle m'a bien précisé « Surtout vous n’accueillerez pas de jeunes filles ici (on vous connaît les jeunes parisiens, et étudiant journaliste en plus cela doit être quelque chose tiens !). Sinon ce sera 100 francs par mois. D'accord?
J’eu droit à une chambre qui ressemblait à un musée et je m’entendais plutôt bien avec ma logeuse qui parfois me racontait sa vie et ses problèmes.
Un peu plus tard je découvris qu’en fait elle était en binome avec une autre vieille dame qui vivait dans l’immeuble voisin, et qui partageait son appartement avec treize chats.
Du peu que j’en appris en discutant avec les gens du quartier, Madame Violette et disons "la Dame aux chats", étaient des amies depuis longtemps. Mais la Dame aux chats ayant des difficultés à marcher avec l’age avait fini par ne plus sortir et sa porte s’était mise à gonfler avec l’humidité si bien que plus personne ne pouvait ni entrer ni sortir de ce lieu.
Le seul lien avec l’extérieur était Madame violette qui lui déposait dans un panier d’osier sa nourriture, son courrier, ses croquettes pour chat et son journal. Le panier était accroché à un ficelle qui elle même pouvait être hissé au quatrième étage grâce à une poulie.
Et pour ce qui est de la communication orale cela se passait par téléphone les deux vieilles dames discutant tous les jours au téléphone pendant des heures.
En fait madame Violette et la dame aux chats, dont je ne connaissais ni le nom ni le visage, formait une sorte de couple qui s’aimait à leur manière.
Je suis resté trois mois en journaliste localier d’été et puis j’ai repris mes études à paris. L’année suivante j’ai rencontré la journaliste qui m’a remplacé et j’ai demandé si elle était elle aussi logée chez madame Violette.
- Tu ne sais pas ? Madame Violette est morte.
- Et la dame aux chats ?
- Quelle dame aux chats ?
Bon sang, ils ont oublié la dame aux chats. Alors j’ai passé des coups de téléphone a mes anciens collègues et peu à peu j’ai fini par apprendre la suite de l’histoire.
En effet après la mort de madame Violette personne n’a pensé à s’occuper de la dame aux chats.
Et celle ci n’a pas su ou pas voulu utiliser son téléphone pour appeler à l’aide.
Ce sont les voisins qui ont fini par appeler les pompiers à cause de l’odeur qui se dégageait de l’appartement de la dame aux chats.
Et quand trois mois après la mort de madame Violette ils ont fini par défoncer la porte ils ont trouvé…
Enfin vous vous doutez de ce qu’ils ont trouvé.
Donc ce sera la première de mes histoires ou je ne vous raconte pas la fin mais je vous laisse utiliser votre propre sens de la déduction pour la comprendre.
Toujours est il que je pense malgré tout que les chats aiment les humains.
.... A leur manière.
Ps 1: Cela dit 13 chats c'est trop.
Ps 2: Et je crois qu'il vaut mieux ne jamais dépendre des autres pour sa propre survie.

Histoires vécues

04.08.2017
02 - "RIMBAUD ET LES SUSHIS". MAI 1994. TOKYO. (HISTOIRES EXTRAORDINAIRES QUE J’AI REELLEMENT VECUES. Numéro 2).


Bon vu que cela à l'air de vous amuser, je vous en raconte une deuxième, dans le cadre "histoire réellement vécue".

HISTOIRE REELEMENT VECUE N°02 - ARRIVEE EN MAI 1994 A TOKYO

"RIMBAUD ET LES SUSHIS".

Petite anecdote qui m'est arrivée en Mai 1994.
J'arrive a Tokyo au Japon pour la promotion des fourmis et là je rencontre mon éditeur japonais GIANI, c'est un italien installé au japon qui s'est associé à un éditeur japonais pour monter une maison independante.
Je rencontre aussi mon traducteur monsieur TOKATA, (rien à voir avec Bach).
Monsieur TOKATA est considéré comme le spécialiste de la littérature française au Japon. Je discute avec lui et je m'aperçois qu'il ne parle pas français. Nous discutons donc en anglais. Pour un traducteur de français-japonais cela me semble un peu surprenant mais... bon.
Je lui demande comment se fait il qu'il soit connecté à ce point à la littérature française.
Il me dit que c'est parce qu'il a rencontré Jean Paul Sartre à Tokyo.
- Ah? Dis je et vous lui avez parlé ? (je n'ose demander "en quelle langue"?)
- Oui, me répondit il il, cherchait un taxi pour rentrer dans son hotel et j'ai appelé un taxi et je suis rentré avec lui. Mais comme il ne parlait pas anglais et que je ne parlais pas français nous avons juste fait le chemin ensemble et nous nous sommes souris. Il m'a semblé que nous nous sommes compris. Après j'ai lu toutes ses oeuvres et j'ai été invité systématiquement dans toutes les émissions de télévision japonaise sur la littérature française.
"Ah songeais je à nouveau. Donc mon traducteur ne parle pas français et finalement n'a rien dit à Jean Paul sartre ils se sont juste souris..."
Mr Tokata me demande ensuite est ce que j'apprécie le grand poète français Arthur Rimbaud.
Je suis surpris et lui répond que oui, enfin j'ai appris cela à l'école.
Il me dit que cela tombe bien avec un air complice.
Puis il me dit qu'il m'invite à manger chez lui et me demande qu'elle est ma nourriture préférée, car justement il compte me faire ce plat pour le diner.
- Hé bien lui dis je moi ce que je préfère c'est la nourriture japonaise. A Paris, je mange pratiquement tous les jours des sushis c'est mon plat préféré.
Aussitôt monsieur Tokata affiche un air contrit.
- Les quoi?
- Hé bien les sushis... vous voyez de quoi il s'agit demandais je avec le maximum de détachement que peut avoir un Gai jin (étranger barbare en terre sacrée)
- Des... su... shis?
- Vous n'en mangez pas?
- Hé bien non. Disons plutôt que nous en mangeons au restaurant ou pour les mariages ou pour les naissances. C'est assez rare.
- Alors vous avez prévu quoi pour ce diner?
- Hé bien un steak frite.
Je garde mon sourire.
- On nous a signalé que tous les français adoraient les steak frites!!!!
- Ecoutez je dois être une exception mais je suis plutôt végétarien, je ne mange tout au plus que du poisson ou du fromage. Le dernier steak frite que j'ai avalé... hum.... cela devait être il y quatre ou cinq ans.
Son visage se décompose.
- Pas de problème dans ce cas nous allons vous faire des... sushis, dit il.
Entre temps je retrouve mon éditeur Giani et lui demande comment se fait il que mon traducteur ne parle pas français...
- Hé bien m'avoue t il c'est un peu compliqué.
Voilà... Monsieur Tokata est considéré comme "le" grand spécialiste de la littérature française, mais en effet il ne parle pas français.
- Ok....
- Donc j'avais son nom mais il était incapable de faire le travail. Alors j'ai cherché quelqu'un qui parle français et j'ai trouvé monsieur Takashi qui lui est fils de l'ambassadeur du japon en suisse, il est parfaitement francophone mais il n'est pas écrivain.
- Zut.
- Mais par chance, sa femme, Yin Mi, qui est chinoise est écrivaine.
- Ouf
- Donc Takashi a lu les fourmis, l'a traduit oralement à Yin mi qui l'a écrit et cela a donné le manuscrit. Cependant Monsieur Tokata trouvait injuste que son nom soit sur la couverture en tant que traducteur alors qu'il n'avait strictement rien fait sur le projet. Donc, par pure conscience professionnelle et par amour de la culture française, il a pris une initiative personnelle, il s'est dit que cela pourrait être l'occasion de faire découvrir un autre grand écrivain français: Arthur Rimbaud. Il a donc intercalé des poésies de Rimbaud au milieu de ton texte sur les fourmis...
- Beaucoup de poésies?
- Disons une page sur trois.
- Ah quand même. Donc un tiers du livre?...
- Le problème c'est qu'une fois que Tokata a mis ses poèsies de Rimbaud au milieu de ton texte... hé bien... mes éditeurs associés japonais qui ont relu le texte l'ont trouvé très mauvais car incompréhensible.
- Je m'en doute.
- Et donc ils ont donc renoncé a publier les fourmis au japon.
- Continue, dis je en crispant légèrement la machoire.
- Bon ensuite le temps a passé et puis un jour un de mes éditeurs associés a discuté avec sa femme de ménage coréenne qui lui parlait de son plaisir à lire le roman les fourmis. Il lui a dit que c'était un livre incompréhensible et que pour leur part ils avaient préféré renoncer à publié quelque chose d'aussi ésotérique. Alors elle a raconté oralement l'histoire des fourmis. L'éditeur japonais a dit "mais c'est une histoire passionnante. Cela ne ressemble pas du tout au texte que m'a remis Tokata". Alors ils ont mené l'enquête ils ont découvert la présence de Takashi et de sa femme Yin mi. Et ils lui ont demandé de retrouver le manuscrit original avant l'intervention de monsieur Tokata. Par chance Yin mi avait encore dans sa poubelle, une version brouillon écrite au crayon à papier. Et là happy end, tu vois Bernard, nous avons donc ressorti cette version et nous l'avons donc publié tel quel. Nous avons cependant laissé le nom de monsieur Tokata, qui donc n'a rien fait sur le projet, mais qui est considéré ici comme "le" spécialiste de la littérature française et le grand ami de Jean Paul Sartre...
- Ah?.... dis je, tout en pensant "c'est quoi ce bordel?"
Je déglutis et me retiens d'exprimer ma pensée sachant qu'au japon mieux vaut ne pas montrer ses émotions.
Bon, le soir donc je dine chez Tokata .
Enfin la femme de Tokata nous amène timidement un plateau de sushis.
Le grand spécialiste m'explique :
- Hé bien nous avons du acheter des couteaux spéciaux pour le sushis (je crois cela a une valeur autour de 2 000 euros) et ma femme a acheté un livre pour apprendre à les préparer car il y a un angle précis pour couper la fibre du poisson et si on ne trouve pas cet angle et bien c'est difficile à manger.
Je n'ose dire que je crois savoir qu'il y a des écoles de sushi man ou ils étudient pendant plusieurs années avant de préparer ce plat.
Je goute les sushis. Les enfants de la famille sont étonnés car ils n'en avaient jamais vu à la maison. Nous mangeons. Du moins nous tentons de manger, car madame TOkata n'a pas trouvé l'angle précis pour couper les fibres du poisson. Je mache longuement. Puis recrache discrètement dans ma serviette la boule impossible à avaler. Les enfants font pareil.
La femme perd complètement la face et va pleurer dans la cuisine.
Tokata pour sa part affiche un énorme sourire, signifiant que tout cela n'est pas grave la situation est sous contrôle.
- Vous mangez quoi d'habitude? demandais je pour faire diversion.
- Hé bien des pizzas, ou du poulet avec des pattes, signale t il en buvant de la bière pour essayer de faire passer la poule de poisson maché qu'il a lui même coincée dans le gosier.
- Ah donc vous mangez en fait ... un peu comme nous?
- Oui dit il en éclatant d'un rire forcé qui est sensé me faire oublier la disparition soudaine de sa femme.
Avant de partir Monsieur Tokata me prend le bras.
- Je crois que Giani vous a renseigné sur l'histoire du manuscrit mais il faut que vous sachiez me dit il, j'ai combattu jusqu'au bout pour mettre le plus possible de poésies d'Arthur Rimbaud dans votre texte, afin que le public japonais découvre les deux auteurs simultanément, vous et lui. Evidement les éditeurs m'ont demandé d'en enlever, mais au dernier moment juste avant que cela ne parte à l'impression (il me fait un clin d'oeil complice) j'ai quand même pu en rajouter plusieurs. Cela vous fait plaisir non?

Histoires vécues

02.08.2017
01 - "UNE HISTOIRE DE POMME ET DE POIRE". AOUT 2017. PARIS. (HISTOIRES EXTRAORDINAIRES QUE J’AI REELLEMENT VECUES. Numéro 01).


JE ME SOUVIENS. PAS PLUS TARD QU'HIER.

UNE HISTOIRE DE POMME ET DE POIRE.

Petite anecdote qui m'est arrivée hier:
En fait je suis le genre de type qui s'énerve rarement, voire jamais.
Je considère que tout problème a une solution et qu'en s'énervant on a précisement moins de chance de trouver cette solution.
Donc de manière générale: j'observe, j'analyse, je ne prends rien dans le mode émotionnel... cependant hier....
Je vous raconte:
1 - Je passe toutes mes matinées de 8h à 12h 30 face à mon ordinateur à écrire mes 10 pages par jour, ce rituel est établi depuis l'âge de 16 ans et il me sert de colonne vertébrale spirituelle (sinon je serai un type normal).
2 - Je suis macophile c'est à dire que j'achète systèmatiquement tous les ordinateurs les plus perfectionnés et donc les plus chers de chez Apple avec le maximum de mémoire et de perfectionnements. C'est mon unique source de dépense excessive sinon tous les autres objets autour de moi sont fonctionnels (montre Swatch, voiture Smart électrique, vêtements Célio, chaussures Géox, et je me nourris essentiellement de légumes et de fruits bio... vous dire... )
3 - Donc j'ai acheté il y a trois mois, le dernier mac book pro 13 pouce, avec 1 terra de mémoire qui vaut autour de 3200 euros, mais bon c'est mon outil de travail et j'adore les nouvelles technologies.
4 - Il y a une semaine, je remarque que la touche espace reste enfoncée et on doit tapoter plusieurs fois pour qu'elle se décoince. Du coup mes phrases ont les mots collés quand je tape vite. Ce qui est vous le conviendrez à la limite de l'agacement.
5 - Je prends rendez vous avec Apple (leur centre téléphonique est en Irlande mais dispatche dans le monde) et ils m'indiquent un concessionnaire dans l'Ouest parisien, près des Champs Elysées.
Au lieu d'une semaine d'attente je n'ai que 3 jours à patienter, petit veinard que je suis.
6 - J'amène la machine chez le dit concessionnaire agrée et il me dit que pour cette touche qui coince il va falloir démonter la machine car tout sur ce modèle est d'un bloc.
7 - Machine démontée, finalement la garantie ne peut pas marcher, car il y a une petite rayure qu'il vient de détecter sur le coté, ce qui sous entend que la machine est peut être tombée donc c'est ma faute, je n'avais qu'à pas être négligent peu soigneux, bordélique.
Le cout de réparation proposé (changement complet de tout le bloc clavier) est de.... 720 euros...
8 - Je dis "glurps" puis "pardon... 120 euros?" "Non 720". Zut j'ai des problèmes de surdité en plus.
9 - Je questionne à tout hasard, "720 euros pour décoincer une touche?"
10 - Ben oui mon bon monsieur, c'est apple, tout est conçu d'un bloc et encore cela va prendre 4 jours!
11 - Bon ok, je n'ai pas le choix, je laisse l'appareil en otage et je ressors un vieux mac book air qui lui a d'autres problèmes de santé mais pas celui là (la batterie se décharge en heure).
12 - Au jour dit, je récupère l'ordinateur mac book pro, paye la rançon et je rentre chez moi, avec le sentiment que bon c'est pour le travail je n'ai pas le choix.
13 - En utilisant l'appareil je m'aperçois que la touchbar ne répond pas. Il faut appuyer 10 fois pour pouvoir changer la luminosité de l'écran et des fois cela ne fonctionne pas du tout. Pareil pour le son. Pareil pour toutes les actions touchbar.
14 - Le lendemain je ramène donc le dit macbook air pro avec son clavier neuf au dit concessionnaire et il examine l'appareil reconnait que la touchbar ne fonctionne pas descend dans son atelier avec l'appareil, me dit que cela risque de prendre encore une semaine pour réparer ça mais... il précise... que... pour démonter et examiner la machine cela coutera un supplément de 185 euros. Et il me tend la facture à payer de suite. Comme une sorte d'évidence.
15 - Hum... dans ma tête... comment dire un sentiment de?... comment dire?... une envie de?... comment exprimer ce sentiment... (quitter apple? faire un procès pour fouttage de gueule excessif? assassiner l'individu face à moi? Mettre le feu à son magasin? Prendre une hache pour réduire en miettes tous les ordinateurs apple qui m'entouraient? Cueillir des pommes pour les réduire en compote? Partir sur une ile déserte et renoncer à la technologie? Tenter un ordinateur Windows? Lancer la révolution planétaire? Réveiller les consciences endormies? Démarrer enfin cette putain de Troisième guerre mondiale? ) une envie de... ne plus fermer ma gueule et de passer à l'action m'étreint.
Je réunis mes troupes dans mon cerveau, prêt à charger, je recompte mon artillerie, j'affute quelque arguments, je m'arrête à défoncer ce qu'il y a en face de moi: un individu qui croyant faire honnêtement son travail, sème sans vergogne le chaos dans le cosmos et ses alentours.
16 - Bref, moi le type le plus doux, le plus calme, le plus en contrôle possible je me suis surpris à être envahi d'un sentiment de vouloir faire du mal à autrui.
17 - Cela a duré 185 secondes auxquels s'ajoutaient déjà les 720 secondes de la première réparation et j'ai fermé le poing en me rappelant de mes cours de kung-fu de jeunesse (Notre maitre nous avait dit "N'utilisez la violence qu'en cas d'auto défense", mais là il s'agit quand même d'auto défense, vous êtes d'accord?).
Je sentais monter en moi la présence d'une de mes anciennes réincarnations. Le samouraï japonais susceptible qui n'avait strictement aucun humour. L'archer anglais qui aimait bien tirer sur tout ce qui bouge. Et puis encore plus en arrière l'homme préhistorique, celui qui a affronté les hyènes et les lycaons à mains nues. Même ma réincarnation de Neandertal aussi impassible qu'un panda avait envie de montrer la canine.
Un sentiment d'injustice et d'inadaptation de ma personne à l'univers qui l'entoure a monté jusqu'à ma thyroïde pour me serrer la gorge.
18 - Mais soudain pris d'un doute le dit vendeur est allé chercher un collègue en sous sol, qui, lui a prononcé cette jolie phrase "mais non, le clavier que nous avons réparé hier est encore sous garantie".
19 - Le saint homme.
20 - Ah? J'ai retenu mon avocat, mon poing, ma massue, ma flèche, mon Katana, ma vindicte, ma colère, mon envie de passer à Windows et bon tout est rentré dans l'ordre. Je devrais récuperer l'ordinateur avant la fin du mois d'aout.
21 - Ouf.
22 - PS: Du coup pas rancunier je leur ai acheté les nouveaux écouteurs AirPods à 180 euros. J'espère qu'ils ne vont pas tomber en panne.

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A paraitre le 4 octobre 2017
 

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Rencontres et dédicaces
30 novembre - Boulogne Billancourt
Rencontres et dédicaces de 17h à 20h30 à l'Espace Bernard Palissy. Plus d'infos

1er décembre - Boulogne Billancourt
A nouveau sur scène pour les "histoires extraordinaires et expériences amusantes" à 21h à l'Espace Landowski. Réservations: 01 41 41 54 54














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